#SpeedExpertise - Quelle application de l'agenda Femmes, Paix et Sécurité dans l'Union européenne ?

L'équipe de WIIS France poursuit son cycle de publications avec ce compte-rendu du #SpeedExpertise du 17 mars où nous avions reçu Amy Herr, doctorante à l'université de Bradford, et qui étudie dans sa thèse l'application de l'Agenda Femmes, Paix et Sécurité dans les pays de l'Union européenne.



Amy Herr s’intéresse aux Plans d'action nationaux (PAN) dans les pays de l’UE en se focalisant sur le processus de mise en œuvre plutôt que sur le contenu même de ces plans d’action. Elle porte donc son analyse sur les acteurs qui entrent en jeu, les coopérations que cette implémentation engendre et les obstacles à leur mise en œuvre. Cette recherche a pour objectif de combler un manque : celui d’une absence de données concrètes sur la mise en œuvre des PAN au niveau européen.


Collecte des données


Amy Herr a fait sa collecte de données empiriques en 2020, dans un contexte de pandémie de la Covid-19. Ses 112 entretiens ont donc été menés en visioconférence, sauf pour le Danemark. Des acteurs de divers horizons ont été interrogés : ministères de Affaires étrangères, ministères de la Défense, société civile, universitaires, expert.e.s de l’agenda Femmes, Paix, Sécurité, etc.


En 2020, au moment de la collecte des données, 20 pays de l’Union européenne sur les 27 membres avaient déjà mis en œuvre un PAN. Cinq pays en ont adopté un en 2020 ou 2021 et ne sont donc pas intégrés aux travaux d’Amy Herr. Deux pays n’ont toujours pas de PAN : la Grèce et l’Allemagne. Elle a conduit entre trois et 13 entretiens par pays disposant d’un PAN, sauf pour le Luxembourg où elle n’a pas pu trouver de contact national.


Analyse des données


A partir de ces données empiriques, Amy Herr a partagé quelques généralisations, en rappelant que chaque pays a aussi ses propres spécificités et particularités.


Six points peuvent être relevés parmi les succès et tendances positives concernant les NAP dans l’Union européenne :

  1. Nombre croissant de PAN mis en œuvre, de première génération ou suivante (comme en France qui en est à son troisième PAN) ;

  2. Intérêt politique et conscientisation croissants pour l’agenda Femmes, Paix, Sécurité en général ;

  3. Augmentation des engagements financiers et fonds disponibles pour la mise en œuvre des PAN ;

  4. Développement d’un réseau d’expert.e.s et de décideur.se.s autour de l’agenda ;

  5. Inclusion de la société civile et des ministères parallèles aux PAN pour faciliter leur mise en place ;

  6. Rédaction de plus en plus précise et chiffrée à l’aide d’indicateurs.

Malgré ces progrès notables, des points de blocage persistent. Au niveau international et pas seulement européen, l’agenda Femmes, Paix, Sécurité se heurte à des réticences politiques. Dans la pratique, cela se traduit par des décisions limitées et non prioritaires. Alors qu’on aurait pu attendre beaucoup de 2020 qui célèbre les 20 ans de la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU, aucune initiative réellement structurelle et ambitieuse n’a été mise en place. Dans ce contexte international, les pays européens ne font pas exception. Amy Herr a identifié six obstacles majeurs dans la mise en œuvre des PAN au sein de l’Union européenne :

  1. Un manque d’un leadership fort et assumé ;

  2. Un manque de ressources et fonds financiers ;

  3. Une coordination limitée au niveau national (interministérielle notamment) et européen ;

Des indicateurs de réussite flous, mal conçus ou inexistants ;

  1. Un fort taux de rotation des acteurs en charge de l’application des PAN ;

  2. Une absence de mécanismes d’évaluation et de contrôle.


Les plans d’action nationaux en France


Dans le cas français, Amy Herr a pu s’entretenir avec trois acteurs qui ne relevaient d’aucun ministère (deux chercheur.e.s et un.e représentant.e d’ONG). Trois PAN ont déjà été mis en place en France : le 1er de 2010 à 2013 ; le 2ème de 2015 à 2018 ; le 3ème depuis 2021 et jusqu’en 2025. D’une manière générale, il y a un manque de coordination et de structuration de la mise en place des PAN en France. Par exemple, personne au ministère des Affaires étrangères n’a la charge de l’agenda Femmes, Paix, Sécurité ; idem au ministère des Armées. Ce n’est ni considéré comme un outil diplomatique, ni comme un moyen de coopération militaire. D’ailleurs, peu d'acteurs institutionnels connaissent l’existence des PAN et de l’agenda. Par conséquent, la société civile est elle-même peu engagée sur cette question.


Pourtant, au niveau international, la France est présente et fait preuve de leadership lors des sommets mondiaux et rencontres thématiques à l’ONU. Amy Herr a mentionné ici un paradoxe : la France semble plus impliquée au niveau international que national pour l’agenda Femmes, Paix, Sécurité.


Dès lors, que faire ? Selon les retours obtenus par Amy Herr à l’issue des entretiens menés dans le cadre de ses recherches, la mise en œuvre effective d’un PAN ambitieux en France reposerait sur : une augmentation des budgets et fonds financiers alloués à cette résolution, une meilleure sensibilisation quant-aux enjeux d’une plus juste représentation des femmes aux processus des paix, et une plus grande créativité dans la mise en œuvre des PANs français.


En conclusion de sa thèse, Amy Herr se questionne sur la façon dont les PAN pourraient avoir un impact plus conséquent en Europe. Elle propose trois recommandations générales :

  1. Favoriser la coordination entre les ministères, mais aussi avec la société civile ;

  2. Augmenter les budgets alloués ;

  3. Développer l’intérêt politique autour de cet enjeu.


Pour en savoir plus sur les travaux de recherche d’Amy Herr, vous pouvez la contacter à amyirja@gmail.com

WIIS Global publie également des travaux sur la question sur https://wiisglobal.org/



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